dimanche 30 octobre 2016

L'anglais (2). Scarification

Tu as marché dans l'automne londonien. Il y avait des canaux, des arbres, un cygne, du soleil. Tu es allé de ton long pas, à l'amble, cavalier... Je t'imagine assez à cheval, buste droit, en haut de forme, monocle et barbe, élégant, tenant les rênes d'une main souple et ferme... Mais tu es allé dans Londres à pied de ton long pas.
Tu as marché vers cette épreuve longtemps désirée, longtemps attendue, longtemps fantasmée, longtemps pensée, anticipée, dessinée. La veille, tu avais des papillons dans le ventre, des papillons de peur et d'excitation, de désir aussi. Tu as peu dormi. Tu t'es réveillé beaucoup trop tôt et tu as attendu un peu de jour sur la ville pour partir. Partir seul dans ce voyage très personnel. Traverser la ville comme Alice a traversé le miroir. Vers un ailleurs. 
Tu es arrivé où ? Etait-ce une de ces petites maisons anglaises, semi-detached ? Bow-window ? Un appartement ? Je ne sais pas. Tu étais à l'heure.Tu as sonné. Il t'a ouvert.
Le rendez-vous avait été pris il y a un an. C'est un homme très occupé. Un des meilleurs dans le genre. Une réputation à l'échelle de l'Europe, et au-delà. Il a une drôle d'allure ce gars là. Tatoué des pieds à la tête, piercé, il est beau et la toile d'araignée de son visage laisse voir des traits jeunes et fins... On peut avoir l'impression qu'il est inatteignable, que ses yeux soulignés de khôl te transpercent parce qu'il taille dans les chairs, dans les langues, dans les ventres, dans les cuisses, dans les bras tendres et blancs. Mais il est là, avec toi et pour toi. Il sourit, parle, prépare le matériel...
Tu t'es déshabillé. Deux heures après, le contour de ce dessin que tu as imaginé, qui fera le tour de ton bras en spirale infinie était découpé dans ta peau. Peu de sang en fait. Tu te sens fort, bien, juste, là où tu as choisi d'être. Ce moment précis où tu es là.
Et puis, il a appliqué un onguent anesthésiant et il commencé à te peler la peau.
C'est ancestral la scarification. En Afrique, en Australie... Les hommes et les femmes se faisaient et se font scarifier. personne ne pleure de douleur. Rites mystérieux de passage d'un état à un autre.
Tu es allé au bout. Tu as voulu marquer ce passage, ce changement, tes changements. Ta vie à toi. Ta spirale de vie.

                                                                                                Photo contractuelle.

mardi 23 août 2016

Une nuit presque blanche. Shibari au Sud...



Quatre pièces sont empilées les unes sur les autres dans la petite maison de ville, sur la place ombragée. Et tout en haut, la terrasse derrière la coupole imposante. On pourrait plonger dans la mer. On pourrait sautiller de toits en toits avec la tourterelle qui n’a pas peur. On pourrait comme Icare voler à travers la brume vers la boule rouge du soleil couchant. On ne se brûlerait pas les ailes. Les dalles sont chaudes du jour. La table est plaisante et gaie. Tracy Chapman chante le blues des temps d’aujourd’hui. Le présent est ici, connivence et légèreté.
Le temps a filé, il est déjà tard. Il se lève et je me dénude. Il fait doux.
Debout, il s’approche et passe la première corde, celle qui la première contraint le souffle. Il me pousse dans le dos, doucement, et attache mes bras haut à la poutre du toit de tuiles. Mes jambes. Debout comme un héron, droite ma jambe. Haut l’autre, pliée contre moi, il tend mon pied à l’angle, je n’ai pas mal. J’aime plier haut mes jambes. C’est redevenir bébé élastique, qui attrape ses chaussettes en riant.  La corde passe fort sur mes yeux, dans ma bouche. Je n’entends plus les autres. Je suis avec lui, contre lui. Je laisse aller ma tête sur son épaule. Elle s’approche et prend mes orteils dans sa bouche. J’ai un peu honte de mes pieds sales. Elle me dit : « Non. La poussière de tes pieds fait partie de mon plaisir ». Je frissonne et je regrette que ça finisse déjà. Je redescends sur le sol tiède, en tailleur, je me prosterne, les cheveux sur le sol, je me sens pleine et déjà vide de ce plein. Lentement, les cordes tombent. Il me prend dans ses bras. Cette légère fatigue bienheureuse de l’après. De l'encore…
L’elfe s’approche d’elle, celle du Nord qui aime si fort le Sud, la fille aux yeux clairs. Elle aussi a enlevé ses vêtements. Les courbes de son corps ferme et plein sont de nacre dans la lueur des bougies. Elle ferme les yeux. Elle part dans son voyage, ses seins ceinturés, ses jambes enserrées, ses mains comme en prière.  Soulevée, ses cheveux s’ébouriffent et sa bouche tète le pouce de l’amant des cordes. Son visage est dans un halo grave. Elle est un gabian qui plane sur la ville.
Nous chuchotons un peu, le plus bas possible, pour ne pas déranger la madone et l’elfe aux gestes lents et précis. Il la balance un peu. Il vérifie un lien, un nœud. Il lui tourne autour avec douceur et tendresse. Sa main caresse et sa main contraint.
Un peu plus tard, sa belle redescendue et revenue dans ses bras, un peu étourdie sans doute de ce beau voyage en l’air, l’elfe des pierres pose  une première entrave autour  du corps nu de la liane de l’homme des bois. Longues jambes et petits pieds. Petits seins et bras tendus en offrande. Vite, il va vite cette fois. Gestes renouvelés et pourtant non. Gestes les mêmes et gestes différents. Danse vive et parfois presque saccadée. Gestes précis et rapides. Quelquefois, il lui demande à voix basse si ça va. Oui, ça va. Vas-y ! Assez vite, elle monte, monte, arquée. Ses yeux à elle aussi sont fermés. L’homme des bois est assis et regarde de tous ses yeux. Elle est si belle ainsi.
Nous sommes silencieux.
Les cordes vous rendent si belles, si présentes et si vulnérables, si abandonnées et si conscientes de cet abandon.  Je sais. Quand je vous vois, je suis vous, presque vous.
L’elfe  défait, refait, l’arque boute encore un peu, tire sur ses pieds, tire encore. Elle est si belle ainsi.
Son corps s’affine encore, ses pieds l’un sur l’autre, ses fesses tendues, image rétinienne. Son visage se fronce, puis s’apaise en un sourire entrevu dans la lumière vacillante des bougies.
Quand elle redescend, l’elfe l’entoure de ses grands bras, de ses mains, de sa voix en murmure, de son regard adouci. Elle se lève, elle marche un peu et l’homme des bois l’aime. 
Plus tard encore, dans la grande pièce, je n’ai pas vraiment réussi à dormir, les lattes des volets rayaient la lumière des lampadaires. Ma tête s’élançait vers les étoiles pâlissantes et mes jambes nerveuses piaffaient.
Au tout petit matin, nue sur la terrasse, j’ai regardé le premier ferry de Corse qui rentrait au port sur la mer de plomb fondu. Je frissonnais un peu.

Photo contractuelle...

dimanche 7 août 2016

L'anglais.

Tu m'as dit" tu veux venir chez moi ?" Et je t'ai suivi.
Femme libre, toujours tu chériras la mer. 
Tu m'as dit "tu as de jolis pieds" et aussi "tu as de beaux seins".
Tu m'as dit tant de choses et je t'en ai dit tant aussi. 
Tu m'as parlé de ta maison sur l'île, au bord de la mer. La maison de vacances de ton enfance. Une petite maison toute simple, il n'y a pas d'électricité, il n'y a pas d'eau. 
Je l'ai imaginée en bois blanchi, avec une grande terrasse couverte, qui donne l'ombre, deux rocking-chairs qui regardent la Méditerranée. Bleu et blanc, sel et peau, chaleur et sable... 
Je l'ai imaginée avec un vaisselier remplie d'assiettes dépareillées, de saladiers dans lesquels on met les tomates et les poivrons, un barbecue pour griller le poisson, un petit garde-manger grillagé pour garder le fromage à l'abri des mouches, des melons et du vin jeune et blanc. 
Je l'ai imaginée la nuit, le bruit calme et léger du ressac et la profondeur du ciel. 
Le matin,  un petit triporteur conduit par un vieux type à la peau lisse et ridée, chargé d'une montagne de tomates, pétarade dans la rue, ça te réveille et tu te rendors. 
La maison n'est sans doute pas en bois, mais elle est blanchie à la chaux et les volets sont bleus. Je crois. 
Plus tard, tu te lèves, tu as mis ton sarong qui cache les lourds bijoux de ton sexe, tu fais un café et tu manges du pain un peu rassis de la veille. La maison est silencieuse. Ils dorment. Doucement, elle sort de votre chambre. Vous avez fait l'amour. Ses yeux sont encore flous. Plus tard encore, les enfants bondissent, ils ont faim. C'est le matin. "Daddy, Daddy, Daddy...". Qu'allez-vous faire aujourd'hui ? 
Tu es là-bas et je suis ici. Je me souviens. Ton désir a fait ouvrir ma bouche, pleurer mon sexe, bander mes seins. Mon désir a fait dresser ta queue, serrer mes jambes, jaillir ton râle et le mien. 
Et nos mots. Nos mots, nos mots sans fin. Tu m'as dit: " tu es pire que moi!". La même façon de raconter nos histoires en prenant tous les détours qui mènent à Rome. 
Regarder les étoiles allongés sur la chaise longue de ta terrasse. 
Chez moi, je ne vois jamais les étoiles. Il ne fait jamais nuit. Je vois le ventre blanc des goélands, éclairs de vols. 

mercredi 15 juin 2016

La rousse au chocolat



Elle est belle. Elle est nue. Elle est rousse et blanche. Elle a la bouche rouge et les yeux couleur d’eau.  Elle a un corps de tanagra aurait dit ma grand-mère… Elle est au grand soleil, dans cette prairie tranquille. Elle est libre. Il est brun, il est sombre et rieur. Elle lui a tourné le dos.  Il s’approche d’elle et commence le ballet de ses deux petits martinets. Ses poignets volent.  Elle rosit doucement. Il lui met les deux mains derrière la tête d’un geste doux. Elle est debout, son corps fait un petit X dans la lumière. Elle ne frémit pas. Elle rosit.
Un martinet plus lourd rentre dans la danse. Sa peau frissonne à peine. Il passe devant elle et frappe ses seins. Elle commence à se tordre un peu. La pointe de ses seins est érigée. Son dos s’arrondit pour éviter les coups. Il sourit. Elle aussi.
Les serpents de cuir sont dans l’herbe. Il attrape les deux chats à neuf queues et lui en caresse le dos. Il s’éloigne d’un mètre ou deux et le ballet de ses poignets reprend. Les huit se font rapides.  Elle vibre. Elle frissonne. Ses petits pieds entament des pas hésitants, à droite, à gauche. Ses fesses parfaites sont rose vif. Un coup de soleil.  Son dos marque quelques pâles zébrures. Il s’approche d’elle, attrape vivement ses courts cheveux d’un geste dur et tendre qui lui fait tordre le cou et regarder le ciel d’un bleu impitoyable. Il sourit.  Il passe devant elle et le cuir touche son ventre plat. Remonte vers sa poitrine. Elle se fait anguille, couvre ses seins de ses deux mains, vierge farouche ? Elle dit peut-être quelque chose. C’est si bas que je ne l’entends pas. Ils se sourient.
Le fouet claque brutalement tout près de son oreille. Je sursaute. Elle aussi. Le fouet passe devant ses yeux, caresse ses omoplates, ses épaules et ses seins. Et claque. Et siffle doucement. Ils sont deux. Ils sont trois. Ils sont quatre. Ils sont lui et ses fouets. Et elle. Et ils sont deux. Elle est lisse comme le cuir, peau à peau. Il la prend dans ses bras, tout contre, et les fouets les enroulent ensemble quand il vient frapper ses flancs tendres.  L’un puis l’autre, puis l’un puis l’autre. Il l’empêche de s’enfuir, ballet hypnotique.  
Il la lâche, il s’éloigne. Elle veut fuir loin et elle ne veut pas. Elle voudrait supplier et ne le veut pas. Elle veut être vaincue, mais elle veut vaincre. Elle chancelle un peu, ses pieds bougent, malgré elle peut-être, dans l’herbe. Elle s’enfuit tout près du fouet qui  dessine sur son dos de jolies boursoufflures en damier.  Il frappe aussi les fesses, cingle le haut des cuisses. Il va et vient sans beaucoup de répit.
Elle tombe à quatre pattes, et file, file, et lui la suit et derrière fouette,  fouette son dos. Son sexe, ses fesses, ses seins, ses cuisses, ses genoux, ses mains  courent sur l’herbe. Elle est belle. Je crois voir une perle qui glisse le long de sa fente.  Elle revient au bercail, au centre de la prairie. Ses mains quittent le sol. Elle n’est plus à quatre pattes. Elle est à genoux. Il la relève. Il recommence. Elle est debout. Mains derrière la nuque. Elle se met dans la position de ceux qui viennent de faire un effort violent et reprennent leur souffle. Debout, penchée en avant, mains sur les genoux. Elle reprend son souffle. Debout de nouveau, mains derrière la nuque. Elle retombe à genoux, ses mains dans l’herbe dont elle arrache quelques brins et en met un à sa bouche. Elle chantonne.  Elle ouvre et ferme ses mains et ses petits ongles rouges tambourinent sur ses cuisses à chaque coup reçu. Quelques menus cris. Il s’arrête. Recommence. Elle s’allonge, ventre nu contre le sol. Il la fouette à terre, serpent à serpent.  Ils se sourient. Elle se relève encore… Et encore le serpent siffle.
Ses yeux d’eau rient et ne rient plus. Ses yeux sombres la guettent. Longtemps.

Un petit jus de pamplemousse pour se remettre ? 

« Dans la salle d’attente de la gare de Nantes
J’attends…
Une jolie p’tite rousse qui s’tape une mousse au chocolat… »
Jacques Higelin.   

mercredi 6 avril 2016

Ton cul

J'aime ton cul. J'aime le regarder, le toucher, le sentir à travers ton jean. J'aime le voir, tu as un beau cul de mâle. J'aime caresser ta peau, j'aime attraper tes fesses à pleines mains, y enfoncer mes ongles, les claquer doux et fort, les faire rosir, y laisser mes marques, la marque de mes dents et de mes baisers. J'aime ta coquetterie, tes plugs et tes strings en mat ou en dentelle, en noir ou en gris, le cockring autour de ton sexe glabre. J'aime lécher tes couilles, remonter, laper, aller chercher avec mon nez, et glisser ma langue sur ton étoile, tu gémis, glisser ma langue dans ton anus et te faire bander. J'aime mon premier doigt en toi, mon deuxième, tu gémis, tu te penches, tu te cambres comme une fille, tu fermes les yeux... Tu te donnes, tu t'abandonnes comme on le dit d'une femme. Face à toi, nous ne nous quittons pas des yeux, je te pénètre, je rentre en toi. Un doigt, deux, trois... Quatre, cinq... Sentir ton cul qui s'ouvre, s'ouvre et vient et se tend et si tendre, si doux, si chaud à l'intérieur... Mon sexe dégouline. Pour quelques minutes, ton cul est à moi. Je suis dans ton cul, dans tes yeux, dans ton sexe. Mon poing fermé s'ouvre et se referme doucement en toi et je prends ton sexe dans ma bouche. J'aime ton regard qui se perd. J'aime ce qui sort malgré toi de ta gorge, ta respiration, tes aspirations. Mon poing bien au fond, dans le moelleux de tes tripes, ma bouche va de ton sexe à ta bouche, à ton sexe... Nos salives, nos humeurs se mêlent. Ta main pince mes seins, ta main me prend, je sens tes doigts, le plaisir est fulgurant, fontaine, tu recueilles mon eau. Je recueille ton sperme, sucré, salé. J'aime ton goût. J'aime ton cul. C'est ton style.





Un homme doux

Cela fait des mois qu'on se court après... Nos emplois du temps respectifs, nos obligations nous ont empêché de passer un peu de temps précieux ensemble. Nous y arrivons enfin ce samedi matin, où il passe à la maison vers 10H... Il est ponctuel et charmant. Il m'apporte mon portrait, un joli nu fait il y a des mois, je porte un plâtre et des béquilles. C'était ce fameux été 2014 où je me suis cassée en mille morceaux, au propre comme au figuré... Nous avons une relation confiante et amicale, teintée d'un érotisme qui est passé à l'acte une ou deux fois, l'occasion a fait les larrons de ces instants volés. C'est un homme doux, respectueux, un peu malheureux dans son couple, mais plein d'énergie, de désirs, de joie de vivre, d'envies inassouvies, qui sont là sous-jacentes, mais jamais pesantes. Il arrive, on s'installe et on parle, je parle, je parle, de cet hiver écoulé, aux températures trop clémentes et qui me fut si rude. On s'assoit par terre, pieds nus. Il prend mon pied dans sa main douce, me fait une caresse légère. je crois qu'il suffirait de pas grand-chose pour que... Mais non. L'humeur est à la confidence, à la tendresse, au papotage, au partage je crois.
Il repart en début d'après-midi vers ses affaires, toujours un peu pressé, toujours un truc à faire, un enfant à aller chercher quelque part, une course, une bouffe, un horaire...
Il m'envoie un petit texto : "On n'a pas baisé, mais c'était une jolie matinée!".
Merci l'ami!  

dimanche 13 mars 2016

L'Erythréen

Dans ce petit groupe d'étrangers nouvellement arrivés sur notre sol, il est là. Il est grand, mince, il a les traits d'un prince, il ressemble à Haïlé Sélassié, il a la beauté du pharaon. Il parle à peine notre langue. Il est Erythréen. C'est où l'Erythrée ? Il dit, il raconte calmement, et avec quelques mots on comprend tout. Il a fui son pays. Il est passé par le Soudan. Il a marché, presque sans manger, 11 nuits dans le désert, il se cachait et dormait dans la journée. Il a traversé la Lybie. Il a donné 5000 dollars à des passeurs... 5000 dollars. Il est arrivé en Italie. Il a passé un mois dans les rues. Il se cachait dans les parcs des villes. Il a passé la frontière pour la France. Il est allé jusqu'à Paris. Il dormait encore dehors. De là, par quels chemins mystérieux a-t-il retrouvé d'autres Erythréens hébergés dans un foyer à Port-de-Bouc, à 30 km de Marseille?  Et le voilà ici, dans ce centre de formation... Il a 24 ou 25 ans. Il a laissé toute sa famille là-bas. Ses parents, ses frères et soeurs plus jeunes.  L'Erythrée est un des pays les plus pauvres du monde et sa dictature est digne de celle de la Corée du Nord. Les jeunes gens fuient l'enfer, la guerre et la misère par milliers. Ont-ils d'autres choix ?
Il s'appelle Zacharias.Bon vent à toi.

La passionnante émission d'Arte "Le dessous des cartes", disponible jusqu'en mai 2016, vous en dira un peu plus sur ce pays en quelques précieuses minutes...
http://www.arte.tv/guide/fr/060139-013-A/le-dessous-des-cartes?autoplay=1

dimanche 17 janvier 2016

Intranquillité

Tu m'as dit "il va falloir faire quelque chose de cet appartement."
Je viens d'en terminer la transformation. Je suis assez contente du résultat et fière d'y être parvenue. Ca m'a demandé du travail, de l'argent, de la confiance. Ce grand mur bleu, cette deuxième chambre, celle-là même que j'ai voulu pendant 9 ans, cette salle de bain enfin terminée, ce sol plus clean, ce grand tapis de corde qui cache la misère du plancher dévasté par l'eau et jamais réparé. Quelques plinthes sur les bas de murs que tu as abattus mais jamais terminés. Cette maison jamais finie. Elle est juste un peu plus finie.
Oui. Cet appartement t'appartient autant qu'à moi et je te dois d'y vivre. C'est un luxe t'ai-je dit. C'est vrai, c'est un luxe. Le coût de revient de cet espace est tel que seule, je ne saurais le supporter.
J'y vis au milieu de nous, de notre décor, de tes affaires.
Tu es parti sans partir vraiment. Est-ce grave de ne pas tout rompre ? Est-ce grave de garder deux pieds dans deux sabots? Je ne sais pas comment tu vis, quelle est ta place chez elle.
Reproductions. Reproduisons-nous le couple de mes parents, toujours si proches après 30 ans de séparation? Reproduis-tu le couple de ta mère et de celui qui n'a finalement que très peu partagé sa vie pendant si longtemps, ta brosse à dent prête à prendre la fuite? Ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre sans doute...
Je comprends bien que tu aies besoin de penser à un lieu pour toi. "A room of one's own", c'est le titre d'un roman de Virginia Woolf.
Depuis ton départ, je vis comme l'oiseau sur la branche. Cet appartement nous appartient à tous les deux, toutes tes affaires y sont encore, de tes dessins d'étudiant aux souvenirs de ton père, de tes bouquins à tes disques, de tes meubles de famille aux photos de l'enfance, jusqu'à tes chaussures et tes vieux t-shirts.
C'est drôle. Au début, c'était comme si rien ne s'était passé, comme si tu allais rentrer le week-end prochain, comme d'habitude quoi... Je suis passée par différentes phases, accablement, agacement, amusement, et puis, je m'y suis faite.
Je me suis demandé très souvent non pas si, mais quand nous allions aborder la question.
Quels que seraient tes projets, t'installer en couple dans un nouvel endroit, partir sur ton bateau, ou, comme tu l'as évoqué, avoir un lieu à toi, je savais que ça viendrait.
Vois-tu, depuis 4 ans, je vis des temps intranquilles, des temps de précarité, des temps de tentatives avortées, de désillusions, de peur de l'avenir, de peur de la vieillesse (d'une vieillesse chiche qui plus est...) et de la solitude.
Changer de maison, ça voudra dire aussi la fin de cet entre-deux entre nous deux, qui finalement me convient bien... Gardienne du temple un peu tu vois, de cet appartement familial, de ce lieu où comme dans la salle d'attente de la gare de Nantes, j'attends le retour du printemps...



mercredi 30 décembre 2015

Blanche Neige

Elle ressemble à Blanche Neige. Brune, le teint pâle, les yeux clairs... Peut-être que sa bouche n'est pas assez rouge. Sa mère ne s'est pas piqué le doigt et son sang n'a pas perlé quand elle l'attendait, elle, l'aînée.
Elle est là, chez moi, avec sa petite tribu. Tout le monde est sage comme une image. La grande roue tourne et la colline de la Bonne Mère s'illumine dans le crépuscule hivernal. Contre le bleu, il y a une photo. Elle s'en approche, la regarde attentivement. Elle me demande : "Quel est le photographe qui a pris ce cliché?".
Je ne sais pas. La photo est en noir et blanc. Le tirage est légèrement sépia. C'est une vieille dame aux traits fins. Elle a du être très belle. Son profil est altier. Elle est coiffée, deux pinces retiennent ses cheveux, elle est fardée, un long trait d'eye-liner souligne sa paupière et son sourcil est dessiné au crayon sur son front. Elle a du rouge à lèvres. Elle porte de grandes et lourdes boucles d'oreille et un pull chiné. Elle a des bagues. Elle est assise à la table d'un café, contre la vitrine et d'une main soulève la tasse qu'elle va porter à ses lèvres. Sur la table ronde, des lunettes, un verre d'eau, des petites serviettes en papier sur un présentoir, comme en Italie, et un gros cendrier de verre, vide, une plaquette de pilules, un pot de sucre. Derrière elle, sur une table jumelle, un homme chauve a chaussé ses lunettes et, accoudé, lit un livre. Dehors, une silhouette et une bouche de métro.
Cette vieille dame, je l'ai trouvée il y a longtemps déjà à Buenos Aires. Au crayon sur la marie-louise, il y a écrit "Bares de Buenos Aires"... je l'ai aimée tout de suite, parce que les bars de Buenos Aires sont comme ça, toute la vie de la ville s'y vit aux vitres, sur les tables, avec les syphons de verre bleu qui font de l'eau piquante. Elle m'a émue tout de suite cette dame. C'est son visage, l'expression de son visage, qui fait le prix de cette photo que j'aime tant.
Son regard est perdu dans la rue, un peu grave, mélancolique, ou bien tout simplement, elle ne pense à rien, comme cela nous arrive quand, le regard lointain, on boit un café. Elle rêve peut-être à ce dernier tango hier soir, à la milonga où elle va souvent... On peut mettre ce qu'on veut dans ce regard, suivant l'humeur. En tous les cas, elle est seule et je me projette déjà dans cette photo... Mais pour l'instant, la vie me sourit. Blanche Neige est là.

lundi 28 septembre 2015

Et toi ? Qu'as-tu fait de ton été ? (3). Libertine. Vraiment ?

Wikipédia :
Le terme libertin (du latin libertinus, « esclave qui vient d’être libéré », « affranchi ») comporte deux acceptions principales :
Dans sa version d’origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c’est un libre penseur (ou libertin d’esprit) dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l’éthique religieuse (exemple : Dom Juan de Molière).
Le sens qui prévaut de nos jours se réfère au libertin de mœurs, c’est-à-dire celui qui s’adonne aux plaisirs charnels (voire à la sexualité de groupe) avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle.

Je les ai rejoints tous les deux. Depuis ces jours là, je l'avais revu lui, une fois, dans les doux frimas de novembre sur la Côte d'Azur et elle pas du tout. Malgré l'envie que nous en avions, malgré quelques promesses et autant de tentatives, le temps, la distance, la vie quotidienne, les chemins caillouteux nous en avaient empêché.
Je les ai rejoints il y a déjà presque longtemps, pour 24 heures de soleil, de douceur, de rires et de sourires, de larmes furtives, de draps blancs et doux, de mer, de routes bordées de platanes, de poissons grillés et de vins légers, de confidences devinées, de caresses et de peaux, de sexes qui se frôlent et se rejoignent.
Avec eux, tu vois, je libertine de moeurs, mais aussi d'esprit. Nous libertinons de liberté dans une jolie relation à trois, rare et précieuse. Nous libertinons de paroles et de gestes. Nous libertinons le jour, la nuit, et aussi le matin.

Eux libertinent résolument, goulûment parfois. Ils font ce que font les libertins modernes, ils vont dans des lieux où ça se fait, et puis sur le net prennent des rendez-vous. J'ai fait ça moi aussi.
Ce soir-là, nous sommes cinq autour de la table,  2+2+1. Je crois que j'aurais eu envie qu'on ne soit que 3, 2+1, ou 1+1+1 ou 1+2.
Mais c'est gai, il y a un jeune serveur maladroit, une petite fraîcheur dans la cour, les deux filles découvrent qu'elles sont allé au même lycée pour jeunes filles catholiques et les garçons qu'ils ont fréquenté les Jez. Moi, j'étais dans le public, élevée par des hussards rouges post-soixante-huitards. Serait-ce moi la vraie libertine, "affranchie de la métaphysique et de l'éthique religieuse" ?

Ce couple de hasard est sympathique, mais je n'ai aucune envie de mélanger mes fluides aux leurs... Je préfère aller danser, seule. J'adore danser seule. Je m'esquive courtoisement lors de la petite promenade boisée qui suit le repas et les laisse alors que ma belle se penche doucement vers son ciel...

Plus tard, au chaud dans la grande chambre blanche, nous libertinerons avec nos corps et nos âmes. Parce que ce sont eux et parce que c'est moi. 



mercredi 2 septembre 2015

Et toi ? Que fais-tu de ton été ? (2)

Demain, c'est septembre. Demain c'est la rentrée. Les orages ont déjà éclaté, la semaine dernière la coulée de boue a bloqué la ligne de chemin de fer. Mais c'était hier. Comme un  avertissement de l'automne à venir.
Pour l'heure, le soleil est revenu. La circulation est dense en tous sens. C'est le dernier week-end des vacances. La longue voiture un peu vintage a gardé la forme carrée des voitures que nous dessinions quand nous étions petits. Elle n'a pas la clim et il fait chaud. La route est longue. On quitte l'autoroute côtière bondée et on remonte doucement la vallée de l'Orb. La circulation s'éclaircit et l'architecture vieillit. Les verts resplendissants, lavés par la pluie, des bois et des vignes, des restanques et de la vallée, des collines, le jaune des foins coupés et des murs, et les tuiles roses et ocres. La petite chapelle sonne la demie-heure cristalline.

On arrive enfin au rond-point du rendez-vous. Comme convenu, un coup de fil, et elle vient nous chercher car elle n'avait pas le droit de nous donner l'adresse exacte de notre destination. On vient, mais nous ne connaissons pas les organisateurs et si l'invitation a été lancée sur Internet, il faut un peu montrer patte blanche.
Ca fait bien deux mois qu'on s'est inscrit pour ce week-end "cordial"... Et nous allons chez des personnes qui mettent leur maison et leur propriété à disposition, sans doute devrais-je dire au service, de leur passion. Car nous allons à une rencontre de Cordes. De Shibari. De Kinbaku, cet art des cordes qui nous vient du Japon et qui se développe sous nos cieux...
Je n'y connais rien ou pas grand chose...J'ai eu une mauvaise expérience il y a quelques années. Encordée, puis plantée là, immobilisée, un grand vent de panique, d'étouffement, de claustrophobie. Ca n'avait pas duré, mais le souvenir est resté vif.

Dans le grand pré, il y a déjà du monde, les tentes sont plantées, nous, on a transformé le break en modeste camping-car, un matelas posé à l'arrière.
Notre délicieuse et rieuse organisatrice nous fait faire le tour du propriétaire, la petite cuisine d'été commune, la piscine, les arbres, l'ombre et le soleil de ce splendide après-midi, en face, la vallée, les collines, au loin la falaise rouge. C'est paisible et beau. Et puis surtout, elle nous présente aux personnes présentes. Il ne manque plus qu'un couple d'amis que nous connaissons bien et un retardataire, croisé sur le Net, et que je me réjouis de rencontrer. Il arrivera pour l'apéro.

Une dame est encordée sur un grand plaid. Son compagnon a l'accent chantant du Sud-Ouest. D'autres viennent d'Auvergne, de Belgique... Cette réunion est européenne! Nous devrions être presque 30... Sourires échangés, on sort notre caisse de Bordeaux, nos melons et nos tartes maison. On s'installe tranquillement dans cette atmosphère amicale. Sur le pré, quelques structures, solides montants pour faire des suspensions.
Ca discute ferme sur les techniques, la solidité, la qualité des cordes, leurs longueurs, leurs matières, chanvre, jute, coton, synthétique... Ca discute fouets, martinets, cat'o nine tails... Je m'essaye à manier un magnifique objet, lourd, souple, dangereux, mystérieux... Celui auquel il appartient est un maitre du genre. J'ai bien observé ses deux bras, ses deux mains occupées par le cuir,  faire des huit réguliers qui sifflent à peine. C'est très beau. Mes poignets et les muscles de mes avants-bras ne suivent pas... c'est difficile. Je suis aussi maladroite qu'un jeune enfant qui essaie de faire rentrer des triangles dans des ronds. Je tends mes fesses et la sensation est magnifique.
En couple, les uns encordent et les autres sont encordées. On regarde, on apprend. Ca "travaille"...

Le ciel passe au bleu foncé, profond, la pleine lune se lève sur nos libations, nos discussions, nos plaisanteries. Nous nous sentons bien lui et moi. Vraiment bien. Nos hôtes sont généreux de nous offrir ainsi l'occasion de partager tout cela. Et les gens sont juste là, sans frime, sans tralala, chacun s'habille comme il l'entend, short et tongs ou tenue fétish, ce grand jeune homme aux cheveux longs, silhouette longiligne en corset et en jupe, hautes bottes sur ses jambes fines. Notre organisatrice en est à sa troisième tenue. Elle a fini par opter pour du vinyle. Je mets ma petite robe noire, tandis que Fifi est nu, piercings et chaînes, au bout de la laisse virtuelle de sa maîtresse. Et c'est bien comme ça. C'est juste comme on veut. C'est fraternel en quelque sorte. Un endroit sans jugement.
Plus tard dans la nuit, les jeux reprennent et se poursuivent. J'aide un peu Salomé de mes mains et de mes petites griffes sur son homme. Complices... Je ne sais plus qui au matin, inventera un joli mot, repris plus tard... Ca a "claqueté" dans la nuit sur son cul...
Sagement vers minuit, la fraîcheur et l'humidité aidant, tout le monde se retire, sauf deux qui, sur une grande couverture à la belle étoile, parlent, parlent, parlent et s'endormiront, nous l'apprendrons, dehors, vers 5h, presque aux premières lueurs du jour...

Le lendemain, amour fait au petit matin, le break est sous un grand figuier lourd de fruits, café passé, tête encore dans les étoiles, je vais me faire encorder à mon tour. D'abord par François, une sorte de sommité dans le genre tu vois... Il m'attrape et hop! en 5', me voila immobile, jambes à moitié pliées, yeux grand ouverts, sur la pointe de mes orteils, suspendue au soleil. C'est un petit échauffement me dit-il. C'est bien. C'est amical et je n'ai pas peur. Attention, me dit-il en me détachant. Je suis tout sourire... Tu vas y prendre goût!
A la piscine, il encorde sa compagne et une autre, et une autre et les jette dans l'eau... Tout est safe, il y a du monde pour parer si jamais... C'est assez ludique, mais quand même, jetée à l'eau entravée... Je n'y suis pas encore...

Vient le moment, enfin, où Morphée me prend dans ses bras... Morphée, c'est son nom. Une amie commune nous avait avertis l'un de l'autre. Si Morphée est là, m'avait-elle dit, tu renoueras avec les cordes. Nous avons parlé la veille. Elle lui avait aussi parlé de moi. C'est un homme jeune, beau, mince, presque gracile, calme et tranquille, souriant. Il est là avec sa compagne, la belle et rauque Insolence.
Assise en tailleur, il me bande les yeux. Tous ses gestes sont empreints d'une grande douceur et d'une grande fermeté. Jusque là, j'étais observatrice. C'est à mon tour d'être impliquée. Il va prendre son temps, être avec moi tout le temps, dans le calme et le silence chuchoté de cet endroit intime et ombragé.
Les bras derrière le dos, il m'indique comment mettre mes mains.
Tu ne dois jamais sentir que tes pouces s'endorment et si tu as des fourmis, dis-le tout de suite. Bouge tes doigts de temps en temps et vérifie. Ne jamais oublier que ce sont des jeux dangereux. Qui ont pu être mortels ailleurs en d'autres temps. Cet autre ami présent nous racontera comment sa compagne s'était évanouie pour des cordes qui compressaient son plexus, entre les mains d'un homme inexpérimenté. Il faut apprendre et apprendre encore, ne pas brûler les étapes.

Les cordes douces glissent sur moi. Le buste d'abord, puis les jambes, chaque orteil est enserré. Petit à petit, ça serre. Ligotée. Doucement, je sens mes fesses qui décollent du sol. Doucement mes jambes sont soulevées. Pliée en deux, puis déployée. Ma tête bascule vers le bas. Interloquée, enveloppée, enserrée, je me balance. Ca tourne. Je lui demande de ne pas me faire tourner, je n'aime pas ça, ça me donne la nausée. Il est là. Je ne tourne plus. Ca ne tourne plus. Je lâche les muscles de mon cou. je laisse aller ma tête et ce n'est pas que physique. Je laisse aller. J'écoute. On parle tout bas. Je le sens qui est là. Attentif mille fois.
Tout aussi doucement que j'ai été soulevée, je sens le sol me rejoindre. La tête me tourne. C'est très déroutant. Je suis assise. Il est derrière moi, je me blottis dans ses bras. Il me dénoue. Les cordes douces glissent encore sur ma peau, sur mes cuisses, sur mes seins.Mon foulard tombe mais je garde les yeux fermés. Je m'allonge. La tête posée sur ses genoux, les sanglots montent. Je pleure, je pleure.

Un peu plus tard, je l'observerai, lui et Insolence, dans un jeu où ils seront si proches, une suspension dure, tendre et érotique... C'était très beau et très intime. Je ne me suis pas sentie voyeuse. Nous avons simplement partagé ce moment.

Et puis le week-end s'achèvera avec un sublime carrot cake, du saucisson et de la bière belge...
Le chemin du retour, dans la douceur de la nuit tombée, fut presque court...
Je ne sais pas si vous lirez ce texte, mais... Merci à tous!


                                                        (photo contractuelle)

lundi 10 août 2015

Et toi ? Que fais-tu de ton été ?

Cette petite question innocente que me pose une amie dans un mail résonne depuis quelques jours...

Certains envoient des cartes postales du front (les veinards), d'autres profitent des chaleurs pour avoir encore un peu plus chaud... Il y a celles qui se perdent dans le métro, pendant que d'autres se perdent dans la fraîcheur de rivières secrètes... Il y en a qui se mettent à l'aise et d'autres qui optent pour des positions assez inconfortables.

Et toi ? Que fais-tu de ton été ?
Le temps s'écoule tranquillement, la chaleur étouffe un peu les velléités d'action. Il faut dire que j'ai chaud depuis assez longtemps maintenant. Depuis mai, depuis mon voyage lointain, et en dehors d'un bref et frais épisode parisien - où trouver refuge dans une brasserie en compagnie d'une andouillette/frites/bière m'a réchauffée et réconciliée avec la vie - je vis à 35°. Le coeur du mois d'août est propice à une certaine langueur.
Je surfe aussi beaucoup sur Internet.

Alors, je vous fais deux petits cadeaux classieux. Deux documentaires assez  formidables je trouve.
D'abord, celui d'Ovidie dont je suis le blog régulièrement. Ca s'appelle "A quoi rêvent les jeunes filles ? ".

Chers lecteurs et lectrices quadras, quinquas, plus jeunes, plus vieux, parents, grand-parents de jeunes filles en fleur, de jeunes gens accros aux jeux vidéo, prenez une heure ou deux pour partir à la recherche des innocences perdues... Pour le meilleur ou pour le pire ? "On se conforme à des normes..." dit une des jeunes femmes interviewées. En doutions-nous ?



Et puis pour faire bonne mesure (je n'ose dire pour faire pendant...)  un documentaire de l'excellent Serge Moatti   : "Mes questions sur le désir masculin"... Je dois à l'honnêteté de préciser que j'ai trouvé ce deuxième film parmi les commentaires d'un des posts d'Ovidie.


 Bonnes vacances!

vendredi 3 juillet 2015

Là-bas.

Partie loin.
Partie respirer l'air d'une autre partie du monde. Bus, avions, villes, villages, plages, rencontres
Vu des riches et des pauvres, des singes, orang-outans, macaques voleurs et paisibles nasiques à la culotte blanche, un crocodile et des serpents, des poissons chamarrés et des tortues gracieuses, des bivalves multicolores et craintives, des lézards géants, des plages des débuts du monde, des arbres millénaires, des buildings rutilants, hauts, hauts et des cases dans la boue, des chinois et des hindous, des musulmans et des bouddhistes, des enfants qui jouent sous la gouttière de la pluie équatoriale et des pêcheurs qui vendent leurs poissons au cul des bateaux peints pour la fête, des voyageurs et des paumés, des solitaires et des groupés.
Des petits bateaux jaunes, bleus, rouges, qui traversent la rivière, mouvement perpétuel, il n'y a pas de pont dans la ville. 
La soie, le coton, l'or et l'argent, le cuir, le bois.
Les temples et les mosquées. L'encens et le piment.
Le laksa, les pupias, le nasi lemak, le bubur ayam et les roti chanaï.
Les appels du muezzin et la bière bue en cachette. 
Les journaux en plusieurs langues.
Les paroles en plusieurs langues. 
La mer trop chaude, les fleuves boueux.
La buée sur mes lunettes dans la jungle.
Le plastique, partout le plastique.
Les bagnoles, partout les bagnoles.
Les motos, les scooters, partout. 
Mac Do et KFC partout. 
Les plantations de thé, collines rayées de vert, moutonnement infini.
Les palmiers à huile, partout les palmiers à huile, bien rangés dans leurs allées tracées droit à la place de la forêt.
La culture sous serres, la laideur des villes, des immeubles rongés par l'humidité.
La publicité. Partout la publicité.
Le bus qui va à Ikéa. C'est écrit dessus, au milieu des autres destinations. 
Les hommes des campagnes en sarong. Les hommes des villes en jean. Celles qui se baignent tout habillées et celles qui portent des mini-jupes.
Les smartphones. Partout les smartphones. Une envolée de jeunes filles coquettes et maquillées, foulard artistement décoré de barrettes en strass, jeans moulants, se poussant du coude en riant, les deux pouces sur l'écran. Une vieille dame assise en tailleur au milieu de son étal de poissons séchés au marché qui consulte son écran. Un homme en sarong, sur sa mobylette qui fume d'une main et téléphone de l'autre.
Orang, ça veut dire homme, être humain. Orang-outan, ça veut dire "homme de la forêt". Nous partageons 97% de notre ADN avec eux.  Ils sont mal en point.
Je crois qu'on partage 100% de notre ADN avec les macaques. Invasifs, quémandeurs, agressifs, voleurs, rusés... Il semblerait même que certains se soient pris en selfie. C'est dire!


jeudi 25 juin 2015

Backpackers

Simon et Timo
Ils ont 20 ans. Ils sont allemands. Nous nous sommes croisés à plusieurs reprises dans les bus et les guest-houses, à Penang, aux Cameron Highlands, aux îles Perhentian... Ils ont l'âge de ma fille et sont adorables. Ils ont pris une année sabbatique entre le Gymnasium et la fac où ils vont faire de belles études d'ingénieur. Ils ont travaillé en Australie quelques mois et parcourent l'Asie avant de sagement rentrer au pays. A Kuala Lumpur, je tombe sur eux en allant fumer une clope sur le toit terrasse de l'hôtel. Nous rions de nous retrouver. Ils m'emmènent boire un verre à l'Héli Bar, cosy et branché au 35ème étage d'un immeuble d'où nous regardons la nuit tomber sur la grande ville, l'incroyable skyline se fondre dans le coucher rouge du soleil, les immenses tours Petronas s'illuminer de blanc, la tour Menara devenir bleue...

Dieter.
Dieter est allemand. Il a eu 63 ans. Nous les avons fêté chez Zeck, à Kota Bahru, dans la petite guest-house  au confort sommaire, mais chaleureuse et conviviale. Ambiance pension de famille. Zeck et sa femme Mariam ont cuisiné un repas de poissons au curry et un gros gâteau crémeux a été acheté. Bougies soufflées. Petits cadeaux.  Zeck's Travellers Inn est un de ses points de chute. Il a quitté l'Europe il y a au moins 40  ans. Il a vécu en Australie 17 ans. Il a parcouru toute l'Asie, du Vietnam à la Thaïlande, de l'Inde aux Philippines, de l'Indonésie au Laos... Il ne peut plus revenir. Il ne veut plus. Il est drôle et désenchanté. De quoi vit-il ? Il va de dortoir en dortoir, de riz sauté en poulet frit, de mangues juteuses en banane plantain. Il a des enfants ? Une fille peut-être. Il l'a appris il y a quatre ans. "C'est trop tard" me dit-il. Il est charmant, attentif, me donne quelques conseils de bon sens. Il a vu ce que l'on ne voit plus. C'est un ancien hippie à l'allure désormais ordinaire d'un homme de son âge. Ni beau, ni laid, ni romantique, ni baroudeur. Discret puits de science. Il continuera à errer longtemps.

Stéphanie.
En allant étendre mon linge sur les fils tendus entre les cocotiers derrière la maison de la plage, j'avise un sac à dos posé là, au pied de l'arbre. Le lendemain, il est toujours là. Tiens ?! Je vais voir la jeune femme de la réception. "Heu... Il y a un sac à dos au pied de l'arbre...?". "Ah. Oui. Elle dort dans son hamac." Comme une sorte d'évidence. Stéphanie a 28 ans. Elle est belge. Elle est en route depuis dix ans. Elle parle français, anglais, espagnol, allemand, flamand. Quand l'argent est court, elle rentre en Europe et fait les saisons touristiques. Puis elle repart. Elle va rentrer bientôt vendre des fringues et des colifichets sur les plages à la mode de Sicile. Ca rapporte me dit-elle. Elle vient de voyager 5 mois avec un budget de 500€ par mois environ. Un peu moins, car elle a du prendre des avions, et son pécule a fondu. Elle négocie, quand elle peut, d'accrocher son hamac dehors et d'avoir l'accès aux sanitaires. 10 Ringgits (RYM) par jour : 2,50 €... Elle vient de faire un chantier bénévole de reconstruction de maisons aux Philippines, toujours sous le coup du gigantesque typhon Haiyan qui a détruit une grande partie du pays il y a deux ans et demi.
Un soir, un groupe de Malaisiens en vacances là ont hurlé jusqu'à 1 heure du matin autour d'un karaoké. Ils riaient très fort et chantaient très faux. A 3 mètres des baffles saturées, Stéphanie dormait paisiblement dans son hamac. 
"Dès que le vent soufflera, je repartira"...

Mosché
Il est israélien. Grand, les yeux bleus, très bronzé, très ridé. Il n'a pas loin de 70 ans. Informaticien à Silicon Valley, il a tout envoyé balader il y a presque 20 ans. Il chante Bob Dylan et Simon et Garfunkel sur une guitare désaccordée. Il vit en Thaïlande, marié à une Thaïlandaise. Il ne sait pas si c'est bien. Si ça lui plait au bout du compte... Il en marre de bouffer du riz. Mais c'est comme ça. Il me semble que l'acuité de son cerveau a été quelque peu ramollie par l'atmosphère tropicale.
La Thaïlande a une politique mouvante et corrompue en matière d'accord de visas. Il passe donc la frontière régulièrement pour faire tamponner son passeport, de 3 mois en 3 mois...

Martine
Retraitée de l'administration française (ministère des finances), Martine a fait du Vietnam son camp de base il y a quatre ans. La photographie est sa passion.
Un bob délavé sur la tête, elle arpente l'Asie en solitaire avec son ordinateur et son Nikon. Elle fait des photos extraordinaires. Elle est allé en Chine quatre ou cinq fois déjà, pendant plusieurs semaines dans des provinces perdues où elle était la seule étrangère. Elle choisissait de dormir dans les dortoirs de filles, où elle était presque sûre de tomber sur quelqu'un qui possédait peut-être quelques mots d'anglais, langue qu'elle parle elle-même fort mal, avec un accent français très drôle, mais avec entrain. Du papier, un dessin, quelques mots, ses compagnes de chambre lui traduisaient en idéogrammes ce qu'elle montrait ensuite alentour pour trouver son chemin, prendre un bus, trouver un hébergement, manger...
Portraits magnifiques, rues des villes, paysages à couper le souffle... Elle peut se lever à quatre heures du matin pour aller prendre dans l'aube éblouissante les travailleurs des marais salants du Vietnam, les paysans du Kérala, le berger dansant des chèvres du Yunan, les laboureurs qui mènent leurs buffles, les rizières, les maisons villageoises, les mamans et leurs enfants rieurs, les fleurs et les insectes, les pêcheurs qui jouent au foot sur la plage après leur dure journée de travail au crépuscule de la Mer de Chine, dans leurs ombres et dans leurs lumières...

Francis
Francis est français. A 41 ans, c'est un beau gosse bronzé aux tempes légèrement grisonnantes. Il est trader. Mis à la porte d'une filiale de la Société Générale en 2008 lors de la grande crise bancaire, après un petit tour à Pôle Emploi et quelques propositions risibles de jobs stupides, il a décidé de reprendre du métier à son compte. Il est parti il y a plus de 3 ans et travaille avec son ordinateur... Il trade en sac à dos, de n'importe où en Asie. Il gagne bien sa vie et met de l'argent de côté. Rien ne l'étonne. Il est drôle et optimiste sur le monde tel qu'il va. Il dit qu'il va rentrer d'ici 3 ou 4 mois... Nous partageons un chicken rice et un thé brûlant sur une toile cirée qui colle sous le ventilateur asthmatique et puis il part à gauche, tandis que je vais à droite.

mardi 2 juin 2015

Un drôle de pistolet

Elle est très jolie. Je le savais déjà. Elle est élégante. Tout le temps. Malgré la chaleur. Peut-être à cause de la chaleur. Ne pas laisser aller. Elle n'est pas très grande, mince et gracieuse et coloriée de robes bleues, de sarouels verts, de jupes longues et rouges, de boucles d'oreilles et de sandales... Ses armoires sont pleines de trésors ramenés d'un peu partout. Elle m'a nippée.
Elle a voyagé. Beaucoup. Souvent. Il y a longtemps qu'elle est partie. Probablement définitivement. Mais avant cela, bien avant, elle partait déjà. Vers l'Est toujours. Son passeport est couvert de tampons, de visas, d'autorisations multicolores écrits en mille caractères inconnus. Chaque page en est pleine. D'ailleurs, elle a failli ne plus avoir de passeport, car il n'y avait plus de place. Notre administration, dans sa grande mansuétude, lui en a accordé un "grand voyageur". 60 pages à remplir... D'ici 2019, je crois qu'elle va y arriver...
Elle est solitaire aussi. Il y a quelque chose là, pas loin, d'irrésistiblement solitaire. C'est une terrestre qui m'évoque un marin. Elle a posé son sac mais peut-être qu'un jour elle repartira.
Elle est bavarde, généreuse, ouverte au monde et n'a aucun sens de l'orientation. Les choses lui échappent.
C'est sans doute pour ça qu'elle ne va pas sur la  mer. Mais dessous.
Elle écrit. Tout le temps, partout, d'immenses cahiers de voyages, des histoires pour les enfants, des nouvelles d'elle et des autres, un  très beau livre, un autre en projet. Elle peut plonger des mois dans l'écriture, sans lever le nez, assise n'importe comment sur ses coussins, juste manger un peu et dormir. Elle plonge. C'est pareil, plonger et écrire. Etre là et être ailleurs. Dans une bulle d'oxygène vitale.
Elle a des souvenirs entassés dans des caisses. Des souvenirs entassés dans sa mémoire trop vive.
Elle aime. Elle a aimé. Beaucoup. Un jour, elle est partie. Toujours.
Elle s'est battue. Elle ne lâche pas. L'écriture et le reste aussi.
Quand j'étais petite, ma grand-mère disait  "C'est un drôle de pistolet!", parlant d'une personne qui ne faisait rien comme tout le monde, qui était un peu marginale ou tout simplement surprenante...
Cette fille, c'est un drôle de pistolet. Parce que survivre deux mois seule en Chine, dans tout la Chine, avec un sac à dos, sans parler chinois et en confondant sa gauche et sa droite, je ne vois aucune autre explication...
 

vendredi 15 mai 2015

Téléphone

Tu vas partir. Bientôt. Très loin. A l'autre bout de la terre. A l'autre bout du monde.
Ce voyage, tu en as rêvé sans oser te l'avouer. Sans oser y penser vraiment. Et puis un jour de blues, un jour de vertige au bord du net, tu as une conversation avec l'être qui t'es le plus cher au monde, ta fille, grande petite de 22 ans, grande petite devenue presque adulte, grande petite qui te connait aussi bien, peut-être même mieux encore, que toi qui l'as mise au monde... Et elle te dit des choses et elle te dit "Va, ne te retourne pas...". Elle te dit que tu dois couper, tu dois partir, repartir comme tu as su le faire par le passé.
Tu ne dors pas. Tu penses à cette conversation. Tu as besoin d'un ailleurs pour penser les choses autrement.
Tu vérifies la date de validité de ton passeport, tu passes un mail, un seul, à ton amie si proche et si lointaine et ton amie te dit "Oui. Viens".
Alors tu vas partir.
L'amie te donne deux/trois conseils pour ton voyage.
Apporte si tu en as un, un vieux téléphone portable, on mettra une carte Sim locale dedans.
Tu ouvres tes tiroirs, tu cherches un peu et au milieu d'un fatras de fils que tu démêles et d'objets hétéroclites, de cartes postales, de trombones, de batteries, de piles hors d'usage, de badges de colloques, de ficelles et de rouleaux de scotch...  Tu retrouves ton increvable petit téléphone blanc, que tu as délaissé il y a quatre ans au profit d'un "objet intelligent" (comme si les autres étaient des "objets cons")...
Tu le recharges et comme R2D2, il s'allume... Il est là, sympa, discret et plein de ressources encore, prêt à servir à nouveau. 
Tu l'ouvres, tu appuies sur les touches et tu lis les noms sur ton ancien répertoire...
Et une grande tranche de ta vie passée te remonte en mémoire...
Qui c'était ce mec dont tu lis le prénom et le nom ? Ah! oui! Je sais. Et puis cette collègue (quelle faux-cul celle-là!), cet amant perdu de vue (et si je l'appelais ? il en ferait une tête!), ce p... de directeur de cabinet qui a eu ta peau, ce type sympa avec lequel tu allais boire une bière en terrasse sur la place aux platanes, à côté du manège, après le boulot, en parlant de tout, de rien...
Ta vie passée.
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était.  


 

lundi 4 mai 2015

Mon légionnaire

Il est grand, il est blond, il a une sacrée gueule, taillée à la hache un peu tu vois ? Il est beau, d'une beauté singulière. Il est beau dedans aussi. D'une beauté singulière. Je crois qu'il a fait des trucs un peu insensés. Des trucs de légionnaire. Des trucs de matelot. Des trucs de mec qui en a. Il avait pas peur il m'a dit.
Notre rencontre est parfaitement improbable. Notre entente est parfaitement insolite.
Sa peau est contre la mienne, sa morsure répond à la mienne, son sexe est doux, si doux, ses cuisses sont lisses, des cuisses de fille.
Je le prends et il me prend. Je grimpe sur lui, je le griffe, il me cale, me maintient, il est fort, il me fait des bleus avec ses doigts durs qui écartent mes cuisses. Des bleus tendres. Il fait jaillir l'eau de mon corps. Je le goûte, lui, son odeur, sa peau, son cul, son sperme.
Il fume et boit trop de café. On parle, on parle, on parle. On est très loin et très proches. On rit. On sourit. On partage nos corps et nos mots et nos maux.
Je suis heureuse de t'avoir rencontré.



samedi 2 mai 2015

Open bar


       

 Alors voila. L'interdiction préfectorale n'est plus. Welcome back on board! 

dimanche 19 avril 2015

Les touffes de poil

Il n'allait pas bien. Il ne mangeait plus, se traînait l'oeil un peu vitreux, l'air malheureux. Sur la couette, j'avais trouvé une petite touffe de poils gris poisseuse de sang. Puis une autre sur le tapis. Des gouttes brunes dans le couloir. Il s'était blessé sous le menton, tombé sur un fil de fer ou un morceau de bois et avait gratté sa blessure jusqu'à l'os fin et blanc de sa petite mâchoire. Il grattait, grattait... Dépérissait. Je ne savais pas quoi faire.
J'ai gratté moi aussi. J'ai gratté ma blessure à peine cicatrisée. Et maintenant, ça brûle et je saigne et je gratte...
Un soir d'attente, un soir où tu sais qu'il ne faut pas, surtout pas. Un soir où tu es, tu sais que tu es fragile. Internet, quelques clics et tu trouves et tu vois. Il n'est pas besoin de l'inique et inutile loi que nous concocte ce gouvernement imbécile pour gratter, gratter jusqu'à l'os, la peau est si fine, la chair est si tendre. Et trouver. Internet est redoutable. Abyssal. Vertigineux.
J'avais commandé à la pharmacie un col, en forme d'entonnoir en plastique blanc pour empêcher que cela empire, l'empêcher de se gratter. Je n'en ai pas eu besoin. Il a cessé et petit à petit, la plaie s'est refermée, les poils ont repoussé et il n'y parait plus. Le chat est pleine forme. Il mange et il dort. Il court après les gabians et les tourterelles qui se posent sur la balustrade. Il pousse un petit cri rauque de joie lorsqu'ils s'envolent rejoindre d'autres maisons perchées. Et puis il mange et il  dort, tapi dans son recoin de placard en laissant ses poils gris sur les piles de draps.
Le temps est galant homme. Je n'utiliserai pas le grand col en plastique blanc. Ma peau va finir par repousser. Et je mangerai et dormirai en rêvant des gabians et des tourterelles.